Hind, ou la plus belle femme du monde, le livre des absents, tous…
Hind : Une fois ce livre fermé, vous le conseiller pour vous le conseiller m'a semblé évident. C’est pourtant ce que je vais tenter avec celui de Hoda Barakat. Refermé depuis peu, ses personnages abimés, comme leur pays, me guident encore : leurs vies portent, avec des mots simples, ce que j’appellerai les fautes du Liban.

Hoda Barakat, dans une autre vie, devait être peintre, un peintre de talent. Ici, dès les premières pages de son nouveau roman, elle nous fait découvrir par petites touches, une femme, Hanadi, au travers de ses pensées, qu’elles traitent d’elle ou de sa mère ou d’autres disparues, comme son père et sa sœur Hind
Hanadi, au moment où je la découvre dans les premières pages de ce livre, revient dans son pays, un pays martyrisé, le Liban. Sa mère est morte, sa maison dévastée et le bruit de la guerre sourd des ruines, des reconstructions comme des déchets abandonnés par ceux qui fuient.
Il ne reste rien, dans ses ruines, du malheur qu’a connu Hanadi quand son corps touché par la maladie s’est défait de toutes les preuves de beauté auxquelles sa mère était attachée. Celle-ci, depuis toujours, avait « tendance à n’aimer que les gens qui sont beaux ». Aussi, décida-t-elle d’invisibiliser Hanadi, de la cacher au monde, niant la transformation de son corps, tellement éloigné de la beauté de son enfance de celle de sa sœur. Hanadi fuira son pays pour la France. Elle reviendra enfin dans son pays, alors qu’il est ravagé et meurtri, comme elle d’une certaine manière.
Arrivé là de ma lecture, j’aurais pu croire qu’Hanadi trouverait dans un pays aussi abimé qu’elle. Non, Hanadi, pour se protéger de la violence, se devait de rester marginal.
Et là, progressivement, insidieusement, c’est une autre lecture qui s’imposa à moi. Hoda Barakat écrit avec une telle maestria que mes rêves de lecteur ne pouvaient que dépasser la simple lecture de ses mots.
Oui, il y a cette mère qui enferme sa fille dans un grenier pour cacher une sorte de péché de laideur…
Oui, il y a cette mère qui ne veut pas ne pas perdre le souvenir de Hind, son autre fille qui était si belle…
Oui, enfin, il y a cette mère qui, sans doute, n’a pas supporté que la survivante (Hanadi) ne lui restitue pas l’image de la disparue (Hind)…
Mais derrière ?
Derrière, les mots de Hoda Barakat nous obligent à dépasser le drame familial.
Comme moi, certainement vous vous sentirez obligé de rêver plus loin.
Car cette mère qui n’accepte pas la vérité pourrait dépeindre une autre réalité. Ce pourrait être une peinture assez réaliste d’une classe politique qui ne supporte ni la maladie ni la pauvreté qui, hélas, va souvent de pair.
La mère de Hanadi cache sa fille comme les dirigeants d’un pays cacheraient sa ruine, ses ruines ;
Et puis, il y a Hind, la sœur parfaite, absente, un immense fantôme et, en même temps, tellement présente.
Hind est le Liban mythifié dont on n’accepte pas la disparition. La maladie et la laideur ne peuvent en effet pas la remplacer, sauf à accepter que l’on soit faible !
Reste le père, un autre fantôme. Je vous laisse le découvrir derrière les femmes de cette histoire. Si, comme moi, vous rêvez au-delà de Hanadi et de Hind, vous pourrez toujours me dire la place que vous leur donnez, derrière le rideau des mots, dans le drame du Liban. Hind de Hoda Barakat

